La poésie de l’abbé Blaise Kanda, « On ne vous laissera pas faire », n’est pas une simple formule rhétorique, mais un manifeste dialectique qui pose les termes d’un débat capital pour l’avenir de la République démocratique du Congo. Loin de l’outrage facile, il établit une ligne de front où les arguments s’opposent, et où chaque critique se voit répondre par une contre-argumentation. C’est un véritable combat de récits, où la vérité de l’un est la contre-vérité de l’autre.
La contre-attaque de la construction
Blaise Kanda rejette la simple posture de l’opposition stérile. Il ne se contente pas de critiquer, il propose une contre-attaque constructive. À l’image que les « adversaires » donnent du pays, faite de misère et de chaos, il oppose une vision plus nuancée et plus optimiste. Là où ils crient aux « détournements » et aux « malversations », il répond en mettant en lumière les « petits relèvements » et les « petites réalisations ».
Cette approche est au cœur de sa dialectique : il ne nie pas les problèmes, mais il refuse de les laisser définir la totalité de l’existence congolaise. Il nous pousse à nous demander si le portrait d’un pays doit être tracé uniquement par ses échecs, ou si les réussites, aussi modestes soient-elles, méritent aussi d’être reconnues.
L’unité nationale comme argument suprême
Le troisième couplet révèle le véritable cœur de son argumentaire : l’unité nationale. L’Abbé Kanda défend son point de vue non par la calomnie ou l’outrage, mais par un appel à la cohésion. Il oppose à la division une vision où il ne recourt à l’outrage « contre aucune de nos tribus » ou « contre aucun individu ». Sa manière de « servir la Nation » en ce « temps de tribulation » est de s’élever au-dessus des querelles partisanes et des accusations personnelles. Pour lui, le débat politique doit servir à renforcer la nation, et non à l’affaiblir en la fracturant de l’intérieur.
La victoire de la RDC avant tout
Dans le dernier couplet, l’abbé Blaise clarifie ses priorités. Son combat n’est pas pour une personne ou un groupe, mais pour la « victoire de la RDC ». Il établit une distinction nette entre la critique interne et la collaboration avec l’ennemi. Il reconnaît les « tares des siens », mais insiste sur le fait que l’heure est à la défense du territoire contre les agressions extérieures, notamment celles des « Kagamais ». Sa position est claire : la critique est légitime en temps normal, mais en période de guerre, la priorité est de ne pas « fournir des armes à l’ennemi » en dénigrant le pays de l’intérieur. C’est une stratégie de priorisation des menaces qui, pour lui, relève de la « bonne guerre ».
En somme, l’Abbé Blaise Kanda ne se contente pas de répondre à ses adversaires ; il redéfinit les termes du débat. Il nous invite à passer de la rhétorique de la critique à la dialectique de la construction, de l’individualisme à l’unité, et de la division à la défense commune de la souveraineté nationale. C’est une prise de position qui pose une question fondamentale : comment peut-on critiquer sans pour autant trahir la cause de sa propre nation ?



