L’Association nationale des entreprises publiques (ANEP) a appelé à un changement profond dans la manière de désigner les dirigeants des entreprises du portefeuille de l’État. L’organisation estime que la compétence et l’expérience doivent désormais primer sur les considérations politiques afin d’améliorer la gouvernance et la performance de ces structures.
Cette position a été exprimée par Patrick Ngulu Mbiobawhul, Administrateur Secrétaire Exécutif de l’ANEP, lors d’une intervention consacrée au profil du mandataire public et aux conditions nécessaires pour redynamiser les entreprises publiques en République démocratique du Congo.
Selon l’ANEP, les entreprises publiques ont longtemps occupé une place centrale dans l’économie nationale. Depuis la période coloniale jusqu’aux premières décennies qui ont suivi l’indépendance, elles constituaient l’un des principaux moteurs de la croissance économique du pays. La phase de prospérité économique enregistrée entre les années 1960 et 1980 coïncidait notamment avec la performance de ces entreprises. Toutefois, cette dynamique s’est progressivement affaiblie au fil des décennies.
Parmi les facteurs à l’origine de ce déclin figurent la politisation des nominations, les pratiques de clientélisme et les problèmes de gouvernance. Pour l’ANEP, la désignation de responsables sur base d’affinités politiques plutôt que de compétences a fragilisé les structures et réduit leur efficacité.
L’organisation estime que les entreprises du portefeuille ne doivent pas être intégrées dans les logiques de partage politique. Selon elle, la répartition du pouvoir entre acteurs politiques devrait se limiter aux institutions exécutives et législatives. Les entreprises publiques, en tant que personnes morales distinctes de l’État et des formations politiques, doivent préserver leur autonomie de gestion. Les soumettre aux rivalités partisanes risquerait de compromettre davantage leur capacité à contribuer à la relance économique du pays.
Dans cette perspective, l’ANEP plaide pour une protection accrue de ces entreprises contre les pressions politiques afin qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle dans le développement économique et social.
L’organisation recommande également qu’une évaluation rigoureuse de la gestion des entreprises publiques soit réalisée avant toute reconduction ou nomination de nouveaux dirigeants.
Selon l’ANEP, certaines réformes engagées ces dernières années dans le domaine de la gouvernance, notamment avec l’accompagnement de Inspection générale des finances, ont permis à plusieurs entreprises d’assainir leur gestion. Certaines parviennent désormais à stabiliser leur trésorerie, à payer régulièrement les salaires et à respecter leurs obligations fiscales.
Dans ces conditions, l’association estime que certains mandataires publics pourraient être maintenus à leurs fonctions, à condition que leur gestion soit évaluée de manière objective.
Pour renforcer l’efficacité de la gouvernance, l’ANEP recommande que les nominations respectent strictement les dispositions légales régissant le portefeuille de l’État. Le profil recherché devrait privilégier l’expérience et la compétence dans la gestion d’entreprise ou dans le secteur concerné. L’organisation propose notamment les critères suivants :
au moins cinq ans d’expérience pour les titulaires d’un diplôme de maîtrise, DEA ou doctorat ; sept ans d’expérience pour les détenteurs d’une licence ; dix ans pour les titulaires d’un graduat ; quinze ans pour les professionnels ayant acquis leur expertise sur le terrain.
L’ANEP suggère également de privilégier les cadres ayant déjà évolué dans l’entreprise ou dans le même secteur d’activité. Elle propose qu’au moins un tiers des mandataires publics proviennent directement de l’entreprise concernée.
Dans certains cas, l’organisation recommande la nomination de deux directeurs généraux adjoints : l’un chargé des questions administratives et financières, et l’autre des questions techniques.
L’ANEP propose par ailleurs de revoir la présence des conseils d’administration dans certaines entreprises publiques. Dans les structures dont les activités restent limitées, ces organes sont parfois considérés comme coûteux et susceptibles de générer des tensions internes.
L’association estime ainsi que seuls les établissements réellement opérationnels devraient disposer d’un conseil d’administration. Les membres de ces instances devraient être sélectionnés en fonction de leur qualification, de leur connaissance du secteur et de leur intégrité.
Les entreprises publiques représentent près de la moitié du potentiel productif de la République Démocratique du Congo et interviennent dans des secteurs stratégiques tels que l’eau, l’électricité ou les infrastructures. Malgré leur importance, elles ont longtemps été critiquées pour leur gestion jugée inefficace et leur contribution limitée à l’économie nationale.
Pour l’ANEP, leur redressement durable passe avant tout par l’application effective des principes de bonne gouvernance et par la nomination de dirigeants compétents, capables de placer l’intérêt général au cœur de leur action.



