Les voix s’élèvent de partout, comme une incantation, pour parler de la crise prochaine de l’eau. Ce n’est plus un bruit de fond, perçu dans le cadre global du déréglément climatique. C’est maintenant, presque une affaire à part, que les médias mettent en relief vu son caractère va-t-en-guerre. Plusieurs points du globe seront touchés y compris l’Afrique.

Selon le rapport publié par World Ressources Institute (WIR), basé à Washington, aux États-Unis, cette organisation note « qu’à l’horizon 2030 un quart de la population mondiale connaîtra de graves pénuries d’eaux et des centaines de millions de personnes seront exposées à un ‘stress hydrique’ extrême. »


En attendant cet avenir sombre qualifié de « jour zéro », c’est-à-dire le jour où plus une goutte ne coulera du robinet dans bon nombre de pays. L’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan se regardent déjà en chien de faïence. La pomme de discorde : les eaux du Nil. Le mauvais côté de ce long fleuve mythique (6.650 kilomètres) est le fait qu’il traverse dix pays africains, à partir de ses sources à l’est jusqu’au « delta du Nil », en Égypte. Avant de se jeter dans la mer Méditerranée.


En amont et en-deçà du Soudan du Sud, c’est un fleuve bien tranquille. Tel n’est pas le cas, en aval. Le partage de ses eaux suscite des vagues et crée une foire d’empoigne entre les trois pays déjà cités au-dessus. Il s’agit, pour chacun, d’un problème économique majeur lié à l’énergie hydroélectrique. Par ces temps marqués par le slogan « l’Afrique qui bouge », chacun des trois pays se prévaut du droit à « puiser » dans le Nil pour son développement.
Or, l’Éthiopie, en amont, s’est mise aussi en devoir, depuis 2011, de construire son barrage. Baptisé « Barrage de la Renaissance », ce gigantesque ouvrage a vocation à devenir la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique. Avec une production de 6 000 mégawatts. La première fourniture d’électricité est prévue en 2022.
Des négociations “de la dernière chance” ont été entamées dimanche 4 avril à Kinshasa entre l’Éthiopie qui défend son barrage de la Renaissance du Nil, et l’Égypte et le Soudan, hostiles au projet.

Louis Mandolo